Des travaux d’élagage ont un peu dépouillé mon jardin cet automne. Avant les floraisons printanières, j’ai soif de volume et surtout de couleurs. Et quoi de mieux pour cela que la bruyère d’hiver ? Hyper résistante, gracieuse et polyvalente, Erica incarne la plante facile à vivre pour les massifs, potées et jardinières. Cerise sur le gâteau, cette plante résiste particulièrement bien au gel (jusqu’à -15°C), une vraie aubaine au jardin !
Je vous indique ici comment bien choisir et planter les bruyères, et tous nos conseils pour en profiter tout au long de la saison froide.
Quelle bruyère d’hiver choisir ?
Erica carnea et E. darleyensis : 2 genres phare
Pour info, dans les bruyères, on recense trois genres principaux : Calluna, Daboecia et Erica. Ce qu’on appelle bruyère d’hiver correspond au genre Erica (famille des Ericacées). Elle se présente comme un sous-arbrisseau au feuillage persistant, orné de clochettes roses (du quasi-rouge au rose pâle) ou blanches. Elle offre une floraison abondante de l’automne au début du printemps, avant que les autres genres prennent le relais pour une année ou presque de bruyère.
Les espèces de bruyères dérivent de la bruyère carnée ou bruyère des neiges (Erica carnea), originaire des Alpes et donc habituée des climats frais. Parmi les hybrides, citons la bruyère de Darley (Erica x darleyensis). Ce sous-arbrisseau a la particularité d’être un peu plus grand qu’E. carnea : 30 à 40 cm contre 25 cm max pour la bruyère des neiges. Elle serait originaire de la bourgade anglaise de Darley Dale, où des amoureux des bruyères de l’ère victorienne auraient mis au point cet hybride.
On trouve aussi des bruyères arborescentes, qui peuvent atteindre 1,5 – 2 m. Dans cet article (et pour mon jardin), je me concentrerai sur les bruyères à petit développement, dont la taille ne dépasse pas 40 cm de haut. Elles sont très adaptées pour les rocailles, les massifs et bordures, et bien sûr les potées.
NB : on trouve aussi une bruyère méridionale, Erica erigena ou bruyère méditerranéenne. Je ne l’ai pas dans mon jardin, mais elle me semble assez séduisante.
Des variétés à chouchouter
Parmi la longue liste de bruyères, voici celles que j’ai repérées :
· Erica darleysensis ‘Darley Dale’ : rose pâle, longue floraison (jusqu’en avril), feuillage vert moyen. Ne dépasse pas 30 cm en hauteur
· E. darleyensis ‘Kramer’s Rote’ : rose soutenue (magenta), fleurit aussi jusqu’en avril.
· E. darleysensis ‘Katia’ : Blanc pur avec des étamines brunes. Fonctionne bien avec des hellébores.
· E. carnea alba ‘Springwood White’ : étamines chocolat + floraison blanche, feuillage vert sombre. Hauteur 15 cm max, jolie en bouquet.
· E. x veitchii ‘Exeter’ : odeur d’amande ? Floraison janvier – mars
· Feuillage coloré : E. ‘Eva Gold’ au feuillage doré, ou ‘Mary Helen’ au feuillage bronze
Les atouts de la bruyère d’hiver
Bien sûr, je n’escompte pas les grandes étendues roses de bruyères chères aux jardins anglais et bretons. Mais en touches de couleur ponctuelles, le résultat reste tout à fait charmant : plantez-les par trois au minimum pour un résultat visible.
Et sinon, cette plante persistante possède bien des attraits :
- Elle attire les pollinisateurs qui ont généralement du mal à trouver de quoi se nourrir quand les températures chutent.
- Elle résiste aisément au froid et au vent
- Elle réduit les corvées de désherbage en étant utilisée comme un couvre-sol
- Elle se marie très bien avec des bulbes de début de printemps comme certains narcisses et des arbustes à floraison hivernale.
- Elle ne demande pas un entretien très suivi (voir notre chapitre « conseil de pro pour bien cultiver la bruyère »)
Plus anecdotique, mais vous pouvez aussi utiliser cette plante pour de petits bouquets champêtres informels ou des couronnes de fleurs en automne.
Comment bien planter la bruyère
Il est plutôt recommandé de planter Erica au printemps. En été, il faut beaucoup plus arroser la bruyère pour qu’elle s’enracine. Vendue en godet en jardinerie, la bruyère fleurie se plante en automne pour en profiter aussitôt. C’est la plante bouche-trou par excellence pour un automne et un hiver fleuris !
Où planter la bruyère d’hiver ?
Planter Erica dans une terre de bruyère acide peut sembler une lapalissade. En réalité, je pense qu’elles sont bien plus tolérantes qu’on ne le pense. Un sol neutre convient parfaitement à la bruyère. Avec mes rhododendrons et camélias qui s’épanouissent dans mes plates-bandes, je suis tranquille, mais si votre terre est trop calcaire, optez pour la culture en jardinière ou en pot. Vous pourrez gérer plus facilement le Ph du sol.
En revanche, je ne transige pas sur le drainage : un sol détrempé ou trop lourd ne convient absolument pas à notre vivace : les risques de pourriture des racines sont réels.
Dernière exigence, l’ensoleillement : ces sous-arbrisseaux se satisfont d’une légère ombre, mais préférez une exposition assez lumineuse. Ainsi, leur port sera plus touffu et leurs coloris plus vibrants. C’est particulièrement le cas pour les bruyères d’hiver à feuillage doré : soleil obligatoire !
Et pour les jardins du littoral, bonne nouvelle : Erica supporte parfaitement le froid et les embruns, voire les vents très froids. Les bruyères d’hiver résistent à -15°C.
Une plantation en 6 étapes
Place aux travaux pratiques : la plantation de la bruyère d’hiver n’a rien de compliqué à condition de respecter les étapes.
- · Dépoter doucement le plant d’Erica x darleyensis (ou E. carnea) et le laisser à tremper dans un seau.
- · Creusez un trou de la taille du pot
- · Ajoutez un peu de compost bien décomposé au fond du trou
- · Incisez le bas de la motte d’un coup de couteau pour faciliter l’enracinement
- · Disposez la motte droite et tassez
- · Arrosez, c’est terminé !
Si vous plantez les bruyères d’hiver en groupe, chaque trou de plantation sera éloigné de 20 à 40 cm d’un autre.
La plantation en pot ne diffère pas de celle en pleine terre, à condition de bien drainer au fond, et de choisir un terreau bien drainant.
Conseils de pro pour bruyère d’hiver
Facilité d’entretien : au top ! Attention à bien tailler la bruyère au printemps quand elle est défleurie. Cette précaution vous évite de retrouver votre arbrisseau tout malingre l’année suivante. La règle d’or : tailler environ un tiers des rameaux au-dessus de la végétation. Ne coupez pas uniquement le bois sec, la bruyère d’hiver n’apprécie guère. Vous pouvez ainsi conserver une plante à port trapu d’une année sur l’autre.
Si vous constatez un jaunissement du feuillage normalement bien vert, cela peut être dû à de la chlorose, une carence en fer. Nourrissez votre bruyère avec un engrais anti-chlorose au printemps et à l’automne et étudiez la possibilité de déménager votre bruyère la saison prochaine : sa position ne lui convient peut-être pas.
J’évite au maximum de donner un aspect un peu daté à mes massifs en mariant bruyères et conifères nains. C’est pourquoi, soit j’associe plusieurs variétés ensemble, soit je recherche des associations plus punchy : les branches colorées d’un cornouiller, les baies roses d’une gaulthérie, la rondeur d’un chou d’ornement ou les clochettes d’un hellébore tranchent avec les combinaisons de plantes habituelles. Tentez aussi une alliance de raison avec les graminées, les deux ports se complétant à merveille.