Aiguilles de pin au jardin

Vous vous demandez s’il est possible d’utiliser les aiguilles de pin au jardin ? Si vraiment elles acidifient le sol ? est-ce que le tanin qu’elles contiennent a un effet inhibiteur de croissance pour les plantes ? Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir sur le blog Robin du blog Springday. Il m’a contacté récemment pour me proposer ce sujet et, j’ai beaucoup aimé l’idée car, je n’avais encore jamais écrit là-dessus … Malgré que je sais que c’est une question assez courante. De ce fait, je vous laisse découvrir l’article et les suggestions de Robin à ce sujet …

Introduction

J’exagère un peu, mais c’est vrai qu’on voit souvent des articles assez incisifs concernant les aiguilles de pins. Par contre, beaucoup d’autres articles vantent ses qualités, ses usages au jardin, en faisant vaguement référence à cette histoire d’acidité.

  • Mais donc, quel est l’effet réel d’un paillage aux aiguilles de pin sur un sol ?
  • Et quels sont ses propriétés nutritives, en comparaison aux feuilles mortes ou à la paille de blé ?
  • Pour finir, quelles utilisations possibles en paillage ou en compost ?

Il est très difficile de trouver des informations claires à ce sujet, sur internet. Je tenterais, dans cet article, de répondre à ces différentes questions, à l’aide, parfois, de sources scientifiques que je mentionnerais, et d’autres fois, de sources web que j’ai considéré sérieuses.

J’espère que ce travail de recherche vous plaira !

(Cet article est basé sur l’exemple des aiguilles de pin, mais on peut considérer que les aiguilles de la grande majorité des conifères ont des propriétés globalement équivalentes. Les conclusions de l’article peuvent donc être étendues aux aiguilles de sapin, de mélèzes, etc…).

Un paillage d’aiguilles de pin est-il néfaste pour le sol ?

Alors, pour commencer, répondons à cette première question : et pour y répondre, il faut tout d’abord se pencher sur l’acidité contenu dans cette matière.

Les aiguilles de pin jaunes-marrons (mortes) en début de décomposition, ont un pH compris entre 6 et 6.5.

Le sol a lui un pH de 6, en moyenne, mais ce pH est assez variable selon les régions (il peut aller de 5 à 9), notamment selon la pluviométrie de ces régions comme l’explique cet article en anglais.

Pour simplifier, sachons qu’un sol au pH compris entre 6 et 7 convient à la majorité des plantes.

On voit bien ici que le pH des aiguilles de pin, en début de décomposition, n’est pas plus acide qu’un sol convenant à la majorité des plantes (même si elles sont « acides » au sens acido-basique du terme (tout ce qui a un pH < 7 est chimiquement considéré acide), comme le sol moyen l’est).

Le sol est d’ailleurs considéré comme alcalin à partir d’un pH de 6.6 (contrairement à la définition acido-basique de la chose donc). Des plantes peuvent commencer à pousser sur un sol au pH de 4,5 (!), mais très rares sont les plantes qui parviennent à pousser sur un sol au pH > 8. Le sol idéal aux plantes est donc naturellement acide.

Des chercheurs confirment cela expérimentalement dans ce résumé (disponible en Anglais) : en Norvège, sur une parcelle ou des pins rouges ont été planté 50 ans avant l’expérience, les chercheurs ont mesuré le pH du sol à proximité du pied des pins (composé de plusieurs années de litière d’aiguilles de pin décomposées, donc), et l’ont comparé au pH du sol mesuré à l’extérieur de cette forêt (et correspondant donc au pH de la parcelle de pins avant que ceux-ci n’aient été plantés).

La présence des pins sur 50 ans n’a pas modifié le pH du sol

Il est donc clair que les aiguilles de pins n’ont pas d’effet sur le pH du sol moyen, et ceci même à long terme !
 
Si votre sol est très alcalin (pH de 8 par exemple, ce qui est rare), un paillage d’aiguilles de pins peut tout de même contribuer à faire légèrement baisser (à long terme), le pH de votre sol. Mais dans tous les cas, il faut savoir qu’il est très difficile de modifier le pH d’un sol, qui est très stable ! (“Effet tampon” de la microflore, entre autres).

Sur ce graphique en lien avec une étude à ce sujet , on distingue que les aiguilles de pin vertes ont un peu d’effet acidifiant (la moyenne est représentée par la ligne noire) sur une terre très alcaline (pH de plus de 9, ce qui est très rare !). Mais cet effet reste très faible, même dans ce cas particulier.

Quel est l’effet des aiguilles de pins sur la vie du sol ?

Comme pour toute autre matière organique, la dégradation des aiguilles de pin par les micro-organismes du sol permettra l’obtention d’un humus.

Mais, quel est l’effet de la transformation des aiguilles de pin, sur la vie du sol du potager ?

J’ai trouvé une étude qui a été réalisée à ce sujet :

Sur un sol limoneux-sableux (difficile de savoir si c’est généralisable aux autres types de sols) :

  • Lorsque du fumier OU du vermicompost est utilisé comme engrais, l’ajout d’un paillage d’aiguilles de pin réduit (un peu) l’activité microbienne.
  • MAIS, lorsque de l’engrais vert OU un engrais NPK est utilisé comme engrais, l’ajout d’un paillage d’aiguilles de pin augmente (un peu) l’activité microbienne.

Comme je l’ai dit, difficile de savoir si cela est généralisable à tous les types de sol (je n’ai pas trouvé d’autre étude à ce sujet), mais, dans le doute, mieux vaut s’en tenir aux résultats de cette étude.

Il est important de savoir aussi que la vie du sol ne se limite pas à cette activité microbienne : elle est aussi constituée des champignons, de la macro faune, etc… Mais je n’ai pas trouvé d’études à ce sujet.

Attention donc de ne pas s’affoler suite à ces résultats, qui ne concernent qu’une petite partie de la composante « vie du sol », et qui ne sont d’ailleurs vérifiés que pour un sol limoneux-sableux.

Le tanin est-il toxique et inhibiteur de croissance pour les plantes

Comme le marc de café frais au jardin, qui a un important effet inhibiteur de croissance pour les plantes, en est-il de même pour le tanin contenu dans les aiguilles de pin ?

Du tanin est en fait contenu dans une grande majorité de feuilles mortes, mais sa faible concentration ne provoque aucun effet inhibiteur de croissance pour les plantes du potager (excepté pour certains noyers) ! Il est aussi contenu dans les branches de résineux (pins, sapins), ainsi que d’autres arbres riches en tanin (chênes, hêtres, châtaigniers, …).

J’ai remué tout internet (francophone et anglophone), j’ai remué google scholar (base de recherche d’articles scientifique), et je n’ai rien trouvé à propos d’un possible effet inhibiteur des aiguilles de pins, du fait de leur tanin (qui lui, pris seul, a bien un effet inhibiteur).

Au contraire, je me suis rendu compte que les aiguilles de pins étaient même (beaucoup) vendues en ballots aux Etats Unis, à intérêt de paillage.

Les aiguilles de pins (comme les feuilles de chêne ou de hêtre), auraient donc bien un tanin aux effets inhibiteur de croissance. Mais la concentration de celui-ci serait bien trop faible pour que l’effet inhibiteur soit significatif.

Pourquoi rien ne pousse sous une forêt de pins ?

Alors, si ce n’est pas le tanin des aiguilles de pins, ou l’effet acidifiant de celles-ci, qu’est ce qui est responsable du désert végétal sous les forêts de pins ?

Il s’agit principalement de l’ombre causée par les pins ! Selon un chiffre de Didier Helmstetter, auteur du « potager du paresseux », seulement 3 % (!) de la lumière du soleil entrerait en contact avec le sol, dans une forêt dense (lorsque les cimes des arbres « s’imbriquent » bien entre elles). Vous pourrez d’ailleurs remarquer, lors d’une prochaine ballade, que ce n’est pas l’exclusivité des forêts de pins parasols !

Mais la particularité du pin, c’est aussi sa grosse densité racinaire juste sous la surface du sol, qui crée donc une compétitivité supplémentaire pour les ressources, pour les pauvres petites graines qui voudraient germer..

Intérêt des aiguilles de pin pour le sol du potager et ses plantes

Après avoir évoqué les différents mythes sur les effets négatifs des aiguilles de pin, venons-en maintenant à la question de son intérêt (ou non), pour le sol et les plantes !

Tout d’abord, comme tous les matériaux de paillage naturels (que nous pouvons retrouver dans les cycles naturels : feuilles mortes, foin, bois broyé, …), les aiguilles de pin bénéficient des avantages d’un paillage classique : conservation de l’humidité, anti-adventices, apport de matière organique décomposable pour la vie du sol (et donc potentiels apports nutritifs pour les plantes, dû à cette décomposition par les micro-organismes), etc …

Mais la question est aussi de pouvoir comparer ce type de paillage, aux autres types de paillage : quel est son apport nutritif potentiel pour les plantes, une fois décomposé ? Quel est son rapport carbone/azote ?

C’est ce que nous allons voir ici.

Intérêt nutritif de ce type de paillage (NPK)

NPK, azote, phosphore et potassium

Pour se faire une idée de la question, le tout est de revenir aux données essentielles : N, P, et K (comme je l’ai fait pour chaque article sur les engrais naturels sur mon blog : « la cendre, attention aux quantités ! », et « la peau de banane, un engrais miracle ? ». Il existe de nombreux autres éléments nutritifs potentiellement libérés par les matières organiques, mais je préfère chaque fois me concentrer sur les principaux (NPK), pour garder une vision claire et synthétique des choses (et car les autres éléments restent plus marginaux).

Le taux d’azote (N) contenu dans les aiguilles de pin brunes serait de 0.4 %, (source : The Nutrient Company), le taux de phosphore serait de 0.12 %, et le taux de potassium serait de 0.03 %.

Mais attention, le N-P-K des aiguilles de pin n’est pas alors de 0.4-0.12-0.03 ! (Appelons tout de même NPK* cet indice inexact, par simplicité pour la suite : il servira d’élément de comparaison).

En effet, il y a une erreur qui est souvent faite : le «P» et le « K » de « NPK », ne correspondent pas respectivement aux phosphore et au potassium (contrairement au tableau périodique des éléments). Ils correspondent en fait au phosphate (P2O5) et à la potasse (K2O) (source : https://www.gardenmyths.com/banana-peels-garden/).

Mais bon, je vous donnerais la valeur NPK à la fin de ce paragraphe, en attendant, restons avec ces valeurs-ci, à titre de comparaison.

Je me suis dis que ce qui est intéressant, c’est de comparer ces valeurs à celles de la paille et des feuilles mortes, deux paillages souvent utilisés.

Si nous allons sur le tableau source de ces valeurs, nous pouvons voir que le NPK* des feuilles de chêne est de 0.8 – 0.35 – 0.15, et que celui de la paille de blé est de 0.5 – 0.15 – 0.6.

Ce qui apparaît clairement, c’est que les aiguilles de pin offrent bien moins de potassium (libérable) que les deux autres paillages.

Le NPK des aiguilles de pin

Le NPK (vrai) des aiguilles de pin est de 0.4 – 0.16 – 0.03.

(Explication : car à 0.12 % de phosphore correspond 0.16 % de phosphate, et car à 0.03% de potassium correspond 0.075 % de potasse).

Pour finir ce paragraphe, il est important de savoir que ces taux d’éléments nutritifs correspondent à ce qui est potentiellement délivrable aux plantes. Mais cette délivrabilité correspond au taux de minéralisation de la matière organique en question, qui elle dépend de nombreux facteurs comme latempérature, l’humidité, l’intensité de la vie microbienne, le type de sol, le pH, etc …

L’indice NPK reste cependant un bon indicateur du potentiel nutritif d’une matière organique pour les plantes.

Rapport carbone/azote des aiguilles de pins

Un autre indice est intéressant à connaître pour une matière organique (utilisée en paillage, en l’occurrence) : le ratio C/N de la matière en question, qui représente sa « biodégradabilité », par la proportion d’azote et de carbone qu’elle contient.

Le ratio C/N des aiguilles de pin brunes est de 80 (source : Homesteadontherange). Cela est un peu plus élevé que pour les feuilles mortes les plus coriaces (ratio C/N de 60), mais bien moins que la paille de blé (ratio C/N de 130).

C’est une matière dite « carbonée ». Il faudra penser éventuellement à un ajout de matière « azoté » (ratio C/N inférieur à 25 : herbe fraîche, déchets de cuisine, …), pour se rapprocher d’un ratio global équilibré au sol (ratio C/N entre 20 et 30), qu’il faut tenter de maintenir.

Utiliser intelligemment les aiguilles de pin au jardin

Il y a deux principales utilisations possibles des aiguilles de pin au jardin. On peut les utiliser en paillage, ou les mettre dans le compost !

Le paillage

Si vous avez un ou des pins dans votre jardin, comment se débarrasser des aiguilles de pin sous lesquelles vous croulez ? Ne vous en débarrasser tout simplement pas, et utilisez toutes ces aiguilles pour votre paillage !

Aiguille de pin : une barrière pour les limaces

Comme on l’a vu, cela permettra de bénéficier de tous les avantages classiques d’un sol paillé, et amènera progressivement à la création d’un humus.

Comme on l’a aussi déjà vu, les aiguilles de pins n’ont pas grand-chose à envier aux feuilles mortes ou à la paille, excepté peut-être pour son faible taux de potasse potentiellement libérable (on peut compenser cela par un apport de peau de banane, par exemple (en compostage de surface)).

Comme vu dans la partie I.b. de cet article, veillez tout de même à limiter (dans le doute) l’association entre aiguilles de pins et fumier ou vermicompostage, sur un sol limoneux-sableux (comme on l’a vu au-dessus, cela peut réduire légèrement l’activité microbienne de votre sol, et donc une composante de sa santé !)

Le paillage d’aiguilles de pin a aussi l’avantage quasi-exclusif (pour un paillage) de compliquer la vie des limaces ! Car, si les aiguilles de pin « n’irritent » pas les gastéropodes, comme on le dit parfois, cela complique beaucoup leur progression.

Et, contrairement à la cendre, et à d’autres barrières à limaces, pas besoin de renouvellement après chaque pluie ! Paillez avec des aiguilles de pins, et vos salades se porteront sans doute un peu mieux ! Si vous voulez, je fais sur cette page , une synthèse d’efficacité de tous les moyens existants pour gérer les limaces au jardin (j’en ai d’ailleurs testé la plupart).

Le compost

Généralement, ce qui a un intérêt en paillage, a un intérêt au compost ! Et les aiguilles de pin ne dérogent pas à cette règle 😉. Veillez tout de même toujours à équilibrer matières carbonées et azotés !

Si vous croulez vraiment sous les aiguilles de pins, et que cet équilibre vous semble impossible à viser, ne vous en débarrassez toujours pas, mais passez plutôt le superflu d’aiguilles au broyeur (ou à la tondeuse à gazon), et laissez-les se composter tranquillement dans un coin.

Conclusion sur les aiguilles de pin

Non, les aiguilles de pins n’acidifient pas le sol. Et non, elles n’ont pas non plus d’effet « toxique » sur celui-ci. Inutile donc de chercher à vous en débarrasser, car il y a plusieurs moyens de les réutiliser :

  • Les aiguilles de pins constituent un bon paillage carboné. Elles sont certes un peu déficientes en potasse, mais elles permettront, comme les autres matières organiques de paillage, la création d’un humus riche pour votre potager.
  • Elles sont aussi très bonnes à mettre au compost !
  • Et puis, elles compliquent la vie des limaces ! Si ça c’est pas un super pouvoir 😉

Article invité écrit par Robin du blog Springday.fr (blog dédié à la gestion des ravageurs en permaculture). N’hésitez à partager votre avis à travers un commentaire …